Des budgets publics aux pays emprunteurs
En bref
- Selon l’OCDE, 8,7 milliards de dollars financent en 2024 des activités dont la biodiversité est l’objectif principal, contre 25,5 milliards à objectif secondaire.
- Les prêts représentent 75 % des sorties multilatérales pour la biodiversité en 2024 : une partie des fonds devra donc être remboursée.
- La CDB indique en octobre 2026 que moins de la moitié des cibles nationales évaluées sont jugées en bonne voie par les Parties elles-mêmes.
- Le dossier ne permet pas de chiffrer une dépense nouvelle imputable aux décisions finales d’Erevan.
Le financement de la biodiversité repose d’abord sur les budgets publics. Dans son estimation publiée en 2026, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) situe les flux mondiaux entre 75 et 92 milliards de dollars par an, en moyenne sur la période 2023–2025. Environ les trois quarts proviennent des dépenses publiques nationales. Cet ordre de grandeur décrit un financement existant, pas une facture nouvelle issue de la conférence d’Erevan.
À la clôture de la COP17, la conférence des Parties à la Convention sur la diversité biologique (CDB), le bilan économique exige donc deux précautions. L’argent consacré à des projets n’est pas une mesure de leur efficacité écologique. Et les dispositions finales des décisions ne sont pas suffisamment vérifiées dans le dossier disponible pour leur attribuer des engagements financiers nouveaux. Les données permettent néanmoins d’identifier les financeurs, la place des prêts et les limites des montants annoncés.
Les chiffres clés
- Selon l’estimation 2026 de l’OCDE sur les financements mondiaux, 75 à 92 milliards de dollars sont mobilisés chaque année en moyenne sur 2023–2025 ; environ les trois quarts correspondent aux dépenses publiques nationales, plutôt qu’aux autres sources couvertes.
- Selon l’OCDE, le 28 octobre 2026, les financements du développement liés à la biodiversité atteignent 34,2 milliards de dollars en 2024 : 8,7 milliards pour un objectif principal, contre 25,5 milliards pour un objectif secondaire.
- Dans cette même publication de l’OCDE du 28 octobre 2026, les prêts représentent 75 % des sorties multilatérales pour la biodiversité en 2024 : ils constituent donc la forme dominante de ces flux.
- Selon la communication de la CDB du 18 octobre 2026, près de 90 % des 196 Parties ont établi des cibles nationales, mais moins de la moitié des cibles nationales évaluées sont considérées en bonne voie par ces mêmes Parties.
Le financement de la biodiversité à l’épreuve des comptes
Le cadre mondial adopté en décembre 2022 comprend, selon la CDB dans sa communication du 18 octobre 2026, 23 cibles à atteindre en 2030 et quatre objectifs de long terme à l’horizon 2050. Ces deux échéances ne recouvrent donc pas le même niveau d’ambition ni la même durée de mise en œuvre.
Pour préparer l’examen collectif des progrès, la CDB présente le rapport State of Biodiversity Action, sur une page datée du 24 septembre 2026. Sa fonction est documentaire : il contribue à l’examen mondial. Il ne constitue pas, à lui seul, la décision politique adoptée au terme de cet examen.
Cette distinction empêche de transformer un diagnostic préparatoire en obligation nouvelle. Le communiqué de clôture est identifié, mais son contenu n’a pas pu être exploité dans le dossier. Les clauses finales relatives aux contributeurs, aux procédures ou aux mécanismes financiers ne peuvent donc pas être présentées ici comme vérifiées.
L’information économique solide vient plutôt des statistiques publiées au moment de la conférence. Elles montrent des volumes, des catégories de projets et des instruments financiers. Elles ne constituent ni une comptabilité complète des dépenses décidées à Erevan ni une évaluation des résultats de chaque programme.
Combien ça coûte, combien ça rapporte
Le coût additionnel des décisions de la COP17 est non documenté dans la matière fournie. Aucun montant vérifié ne permet de préciser une facture nouvelle, sa durée ou sa répartition entre pays. Le dossier ne fournit pas non plus de conversion en euros ; les montants restent donc exprimés en dollars, sans taux de change ajouté.
Pour interpréter le financement de la biodiversité, il faut surtout distinguer les projets qui lui sont entièrement consacrés de ceux qui poursuivent plusieurs objectifs. Une infrastructure ou un programme de développement peut intégrer une composante de protection du vivant sans que toute sa dépense lui soit attribuable.
Dans sa publication du 28 octobre 2026, l’OCDE distingue ainsi les financements liés à la biodiversité des montants spécifiques. Sa méthode retient 100 % d’une activité à objectif principal, mais 40 % lorsque cet objectif est secondaire. Compter intégralement cette seconde catégorie tendrait, selon l’institution, à surestimer le financement attribuable à la biodiversité.
Le bénéfice économique net des décisions d’Erevan est lui aussi non documenté. Les sources ne donnent pas de rendement agrégé en emplois, en recettes, en importations évitées ou en gains écologiques monétisés. Elles ne permettent pas davantage de calculer un coût par tonne de dioxyde de carbone évitée. Une dépense identifiée n’est pas encore un résultat écologique mesuré.
Qui paie, qui gagne
Les budgets publics nationaux occupent la première place dans l’estimation mondiale de l’OCDE pour 2023–2025, publiée en 2026. La charge relève donc principalement des arbitrages budgétaires des États. Le dossier ne permet toutefois pas de la répartir entre contribuables ni d’identifier les dépenses publiques auxquelles elle se substitue éventuellement.
Dans le périmètre plus étroit du financement du développement, l’OCDE indique le 28 octobre 2026 que les membres du Comité d’aide au développement (CAD) et les institutions multilatérales représentent plus de 90 % des flux de 2024. Les financeurs privés et les autres contributeurs n’en constituent donc qu’une part minoritaire.
La nature de l’instrument change aussi l’identité de celui qui supporte finalement la charge. Un don et un prêt peuvent financer le même type de projet, mais seul le second crée une obligation de remboursement. La prédominance des prêts dans les sorties multilatérales signifie qu’une partie du financement engage les ressources futures des emprunteurs. Les taux, échéances et conditions ne sont pas précisés ici : le coût complet de cette dette ne peut pas être établi.
Du côté des bénéficiaires, aucune répartition chiffrée des nouveaux financements entre pays, communautés locales, peuples autochtones et opérateurs n’est disponible. Il serait donc prématuré d’identifier des gagnants sur la seule base des sommes mobilisées.
Ce qui reste incertain
Ce qui est établi : les statistiques de l’OCDE décrivent des flux financiers selon des périmètres explicites. La CDB documente aussi un écart entre l’adoption de cibles nationales et leur progression déclarée. Ces données ne constituent cependant pas une mesure indépendante de tous les résultats écologiques obtenus.
Ce qui est probable, sans être quantifié ici : la charge supportée par les emprunteurs dépendra des conditions des prêts. Le dossier ne permet pas de déterminer son ampleur ni de comparer cette charge aux bénéfices futurs des projets.
Ce qui reste débattu : le montant réellement attribuable à la biodiversité dans les projets à objectifs multiples. La pondération de l’OCDE répond à ce problème comptable, mais ne démontre pas l’efficacité écologique des dépenses retenues.
Deux conclusions supplémentaires restent hors de portée. Les données financières disponibles pour 2024 ne suffisent pas à établir si un objectif portant sur 2025 a été respecté. De même, une transaction isolée dans un fonds ne permet pas d’en déduire le solde exhaustif.
Ce qu’il faut surveiller
Le premier indicateur à suivre est la progression des cibles nationales vers l’échéance de 2030, fixée par le cadre rappelé par la CDB le 18 octobre 2026. Il faudra distinguer les déclarations des Parties des mesures écologiques indépendantes, lorsque celles-ci seront disponibles.
Pour le financement de la biodiversité, les prochaines publications devront permettre de séparer engagements, versements, dons et prêts. La part des activités à objectif principal sera également importante : elle renseigne mieux sur la destination explicite des fonds que le seul total des projets liés au vivant.
Enfin, la publication et la vérification des décisions finales permettront de préciser les obligations effectivement retenues à Erevan. En attendant, le constat est limité mais solide : les flux sont documentés, leur charge est largement publique, et leur rendement écologique ne peut pas être déduit de leur seul montant.
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Sources et documents
- OCDE — Finance and investment for biodiversity, estimation mondiale 2026
- OCDE — Biodiversity development finance tripled between 2015 and 2024 but gaps remain (octobre 2026)
- CDB — UN Secretary-General launches first global assessment of progress under world’s landmark biodiversity agreement (octobre 2026)
- CDB — State of Biodiversity Action: The Global Report on collective progress (septembre 2026)
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