Comparer les dépenses par tonne évitée
En bref
- La référence publiée par France Stratégie le 20 mars 2025 atteint 300 € constants de 2023 par tonne de CO2 équivalent en 2030.
- La note officielle de juillet 2025 place généralement les pompes à chaleur air/eau, les voitures électriques et la rénovation des passoires parmi les actions prioritaires.
- Le calcul du biométhane repose sur des prix de dates différentes : ce n’est pas une estimation actualisée à octobre 2026.
- Les sources réunies ne permettent pas de mesurer l’efficacité, en tonnes supplémentaires évitées, des dispositifs budgétaires français de 2026.
Comparer le coût d’abattement en France permet d’orienter les dépenses climatiques vers les actions qui évitent le plus d’émissions pour un coût donné. Mais cette mesure ne produit pas un palmarès permanent des technologies. Elle compare une intervention précise à une situation de référence, pour un service rendu et une durée définis.
Un exemple donne l’ordre de grandeur. À partir des hypothèses du rapport de la Cour des comptes sur le biogaz, publié le 6 mars 2025, la substitution du biométhane au gaz naturel revient à environ 393 euros par tonne de CO2 évitée. Ce montant est numériquement supérieur à la référence climatique française pour la fin de la décennie, sans être directement comparable : les années monétaires et les conventions doivent d’abord être harmonisées. Pour les autres solutions étudiées, la matière permet une hiérarchie qualitative, pas une liste de prix contemporains.
La facture en un chiffre
Environ 393 euros par tonne de CO2 évitée pour le biométhane : ce résultat est reconstitué à partir du tableau 8 du rapport de la Cour des comptes sur le soutien au développement du biogaz, publié le 6 mars 2025. Il mesure un surcoût de production par rapport au gaz naturel, rapporté aux émissions évitées. Ce n’est ni le prix facturé au consommateur ni le montant d’une aide publique.
Le point de comparaison est la valeur de l’action pour le climat. Selon le rapport de France Stratégie publié le 20 mars 2025, cette référence atteint 256 euros par tonne de CO2 équivalent en 2025 et 300 euros en 2030, en euros constants de 2023. La note du Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan de juillet 2025 donne un jalon de 563 euros, dans la même unité monétaire, pour 2050.
Cette trajectoire exprime la valeur accordée aux émissions évitées dans l’évaluation des décisions. Elle n’est ni une taxe à payer ni le cours d’un quota carbone. Un projet dont les coûts et les bénéfices climatiques sont correctement évalués peut être intéressant pour la collectivité sans être financièrement accessible à celui qui doit investir.
Le détail du calcul
La méthodologie de France Stratégie de juin 2021 définit le coût d’abattement socioéconomique comme le surcoût net d’une action pour la collectivité, divisé par les émissions qu’elle évite par rapport à une référence.
Coût d’abattement = surcoût net de l’action / émissions évitées par rapport à la référence. Le numérateur comprend les dépenses supplémentaires, mais retranche notamment les économies de fonctionnement. Les coûts et avantages externes retenus dans l’évaluation doivent aussi être intégrés. Une facture d’équipement, prise isolément, ne suffit donc pas.
Pour le biométhane, la Cour des comptes retient dans son rapport de mars 2025 les entrées suivantes :
- 108 euros par mégawattheure pour la production de biométhane, issus d’une étude de l’ADEME avec une valeur de 2020, contre 36 euros pour le gaz naturel, correspondant à un produit calendaire 2025 coté en mai 2024.
- 44 kilogrammes de CO2 par mégawattheure pour le biogaz, contre 227 kilogrammes pour le gaz naturel.
- 0,183 tonne de CO2 évitée par mégawattheure substitué, selon ces facteurs d’émission.
Le calcul fourni à partir de ces données est : (108 − 36) / 0,183 ≈ 393 €/tCO2. Son périmètre est la substitution au gaz naturel. Il ne décrit pas le coût complet actualisé d’un projet sur toute sa durée de vie. Les prix proviennent de dates différentes et ne constituent pas une série homogène en euros constants.
Pour calculer le coût d’abattement en France d’un investissement durable, il faut préciser l’année d’installation, la durée de vie, les prix d’énergie, l’année monétaire et l’actualisation. La synthèse de France Stratégie du 4 mai 2023 rappelle aussi que la date des émissions évitées compte. Un ratio couvrant toute une durée de vie ne se compare pas mécaniquement au seul jalon climatique de fin de décennie.
Ce que ça rapporte
Le bénéfice principal mesuré est une réduction d’émissions par rapport à la référence. Un faible coût par tonne signifie que cette réduction mobilise relativement peu de ressources nettes. Un coût négatif peut traduire des économies supérieures aux dépenses supplémentaires, selon les conventions de calcul. Cela ne dispense pas de financer l’investissement initial.
La note officielle « Comment décarboner au moindre coût ? » de juillet 2025 présente généralement comme coût-efficaces les pompes à chaleur air/eau dans les logements hors passoires et les bâtiments tertiaires, l’électrification des voitures et la rénovation des passoires associant isolation et décarbonation du chauffage. Les montants individuels comparables ne sont pas disponibles dans la matière.
À l’échelle mondiale, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, dans son évaluation de 2022, estime que les options coûtant au plus 100 dollars par tonne de CO2 équivalent pourraient réduire les émissions de 2030 d’au moins la moitié du niveau de 2019. Il s’agit d’un potentiel, pas d’une réduction déjà réalisée. Ce résultat ne fournit pas un tarif français.
Les gains d’emplois, de santé ou d’importations évitées ne sont pas chiffrés ici. Ils ne doivent donc pas être ajoutés au bilan comme des bénéfices acquis.
Qui paie, qui gagne
Le ménage ou l’entreprise qui achète un équipement supporte la dépense initiale et bénéficie des économies d’exploitation éventuelles. Une aide transfère une partie du financement vers le budget public ou un autre mécanisme de financement. Elle ne fait pas disparaître le coût des ressources utilisées.
La distinction entre rentabilité collective et capacité de paiement est centrale. Selon la note institutionnelle de juillet 2025, une action pertinente pour la collectivité peut rester inaccessible à son bénéficiaire. Le coût d’abattement en France aide à sélectionner les actions ; il ne détermine pas, à lui seul, le partage entre aides, normes et tarification.
L’ampleur des financements souligne l’enjeu. Dans son Panorama publié le 10 juillet 2025, dans la version consultée datée de septembre 2025, I4CE estime les investissements climat publics et privés à 102 milliards d’euros constants de 2024 pour cette même année, en baisse de 5 % sur un an. Ses scénarios évaluent les dépenses publiques supplémentaires nécessaires en 2030 entre 18 et 52 milliards d’euros par an par rapport à 2024, selon les politiques de financement.
Ces montants ne sont ni des crédits votés ni des coûts par tonne. Ils ne permettent pas de conclure que les dispositifs budgétaires actuels sont bien ou mal ciblés. Pour cela, il faudrait mesurer les émissions supplémentaires réellement évitées grâce à chaque dispositif, en distinguant les investissements qui auraient eu lieu sans soutien.
Les comparaisons
La meilleure comparaison oppose des actions offrant un service équivalent. Pour une pompe à chaleur, le chauffage remplacé et l’état du bâtiment comptent. Pour une voiture électrique, l’usage et le véhicule de référence comptent. Pour une rénovation, isoler un geste du programme complet peut modifier le résultat.
La note institutionnelle de juillet 2025 place les pompes à chaleur air/eau, l’électrification automobile et la rénovation ciblée des passoires parmi les priorités. Elle soutient également le développement de capacités renouvelables et nucléaires. Elle ne fournit toutefois pas de ratios homogènes permettant de départager ici solaire et nucléaire. Le rapport de France Stratégie sur l’électricité de janvier 2022 invite à tenir compte des effets sur l’ensemble du système électrique. Prolonger un réacteur existant et construire une nouvelle installation ne sont pas une même action.
Une objection sérieuse vient de la rénovation globale. Dans sa publication sur la rénovation performante de 2024, l’ADEME défend une approche planifiée, capable de mutualiser les coûts avec d’autres travaux et de traiter les contraintes du bâtiment. Cela ne prouve pas que toute isolation est rentable. Cela montre pourquoi une succession de gestes apparemment peu coûteux ne remplace pas nécessairement une trajectoire cohérente.
Les limites du calcul
Établi : le coût d’abattement en France dépend du scénario remplacé, du calendrier et du périmètre. La référence climatique publiée est exprimée en euros constants. Probable sous les hypothèses des études : certaines actions d’électrification et de rénovation sont prioritaires. Débattu : le meilleur séquençage des investissements, notamment entre gestes immédiats et transformation globale.
Un coût élevé peut justifier une analyse supplémentaire si l’action apporte des avantages externes, prépare des infrastructures ou permet un apprentissage. La note de juillet 2025 souligne ces interdépendances et les risques de verrouillage technologique. Ce n’est pas une exemption à l’évaluation : les bénéfices attendus doivent être documentés, et ceux déjà comptés ne doivent pas être ajoutés une seconde fois.
Les sources réunies ne permettent ni un classement numérique homogène des technologies du brief ni un bilan d’efficience des dépenses publiques actuelles. Le bon indicateur reste un coût par tonne assorti de ses hypothèses, accompagné du montant à financer et d’une mesure des émissions réellement supplémentaires évitées.
Sources et documents
- France Stratégie — Les coûts d’abattement. Partie 1 – Méthodologie (juin 2021)
- France Stratégie — La valeur de l’action pour le climat : une référence pour évaluer et agir (mars 2025)
- Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan — Comment décarboner au moindre coût ? (juillet 2025)
- Cour des comptes — Le soutien au développement du biogaz (mars 2025)
- I4CE — Panorama des financements climat, édition 2025 (10 juillet 2025 ; version consultée datée septembre 2025)
- France Stratégie — Les coûts d’abattement. Partie 3 – Électricité (janvier 2022)
- ADEME — Rénovation performante des logements : une condition nécessaire pour atteindre les objectifs climatiques (2024)
- GIEC — Climate Change 2022: Mitigation of Climate Change, figure SPM.7 (2022)
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