Une promesse sans facture répartie
En bref
- La décision adoptée à Belém sollicite les pays développés, mais ne précise pas la contribution attendue de chacun.
- Le PNUE recense 26 milliards de dollars de financements publics internationaux en 2023, contre 28 milliards en 2022.
- Une étude du WRI estime plus de 10,50 dollars de bénéfices collectifs par dollar investi, sans garantir un rendement financier aux bailleurs.
- La COP31 se tient du 9 au 20 novembre 2026 à Antalya. L’année de référence du triplement reste un indicateur décisif.
Le financement de l’adaptation doit augmenter, mais la promesse internationale ne permet pas encore d’établir une facture. La décision adoptée à Belém le 22 novembre 2025 appelle à au moins tripler ces financements d’ici à 2035. Son paragraphe consacré à cet objectif ne fixe toutefois ni année de référence explicite ni enveloppe monétaire, selon le texte officiel publié par la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) le 30 mars 2026.
L’enjeu économique dépasse donc l’affichage d’un multiplicateur. Il faut distinguer les besoins des pays exposés, les transferts internationaux et les bénéfices attendus des investissements. Les documents disponibles montrent un écart important entre besoins et financements recensés. Ils ne permettent pas de calculer la contribution française, ni de promettre que chaque projet rapportera autant.
Les chiffres clés
- Au moins un triplement d’ici à 2035 : c’est un objectif de progression, pas une somme à verser, selon la décision 1/CMA.7 de la CCNUCC, adoptée le 22 novembre 2025 et publiée le 30 mars 2026.
- 310 à 365 milliards de dollars par an : deux estimations des besoins des pays en développement à l’horizon 2035, en dollars constants de 2023, selon le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), le 29 octobre 2025.
- 26 milliards de dollars en 2023, contre 28 milliards en 2022 : les flux publics internationaux d’adaptation recensés ont diminué, selon le rapport du PNUE du 29 octobre 2025.
- 15 à 20 % des besoins prioritaires nationaux : la fraction que le secteur privé pourrait couvrir à l’horizon 2035, sous conditions, selon le PNUE, le 29 octobre 2025. Une part qui demeure minoritaire.
- Plus de 10,50 dollars de bénéfices pour un dollar investi : une estimation sur dix ans pour un portefeuille de projets, et non un rendement universel, selon l’étude publiée par le World Resources Institute (WRI) le 29 mai 2025.
Le financement de l’adaptation attend encore sa base de calcul
Le point de départ est la décision 1/CMA.7. Adoptée le 22 novembre 2025 et publiée le 30 mars 2026, elle appelle à des efforts pour au moins tripler les financements d’adaptation d’ici à 2035. Elle exhorte aussi les pays développés à accroître leurs financements collectifs.
Dire que le texte ne désigne aucun payeur serait donc inexact. Il indique une catégorie de contributeurs. En revanche, il ne répartit pas l’effort entre eux. Sans année de base explicite dans le paragraphe concerné, le multiplicateur ne suffit pas non plus à déterminer une somme additionnelle.
L’avancée diplomatique reste ainsi distincte d’un engagement budgétaire national. Une cible collective ne dit pas combien chaque État doit inscrire dans ses comptes, ni quelle proportion doit prendre la forme de dons. Elle ne précise pas davantage la ventilation entre pays bénéficiaires.
Combien ça coûte, combien ça rapporte
Selon le rapport du PNUE publié le 29 octobre 2025, les besoins annuels d’adaptation des pays en développement à l’horizon 2035 atteignent 310 milliards de dollars par modélisation, ou 365 milliards à partir des besoins nationaux extrapolés. Les montants sont exprimés en dollars constants de 2023 : ils visent à neutraliser l’effet de l’évolution des prix.
Ces deux résultats correspondent à des méthodes différentes, pas à une facture définitivement arrêtée. Surtout, ils ne constituent pas le montant demandé aux seuls bailleurs internationaux. Les comparer aux flux publics internationaux donne une mesure du décalage, mais les périmètres ne sont pas identiques : besoins totaux d’un côté, catégorie de financements de l’autre.
Le coût additionnel du financement de l’adaptation promis à Belém reste donc non documenté dans la matière fournie. Aucun taux de change de référence n’est disponible pour présenter une conversion rigoureuse en euros. Une conversion ne résoudrait d’ailleurs pas l’absence de base budgétaire.
Du côté des bénéfices, l’étude de Carter Brandon et de ses coauteurs publiée par le WRI le 29 mai 2025 examine 320 investissements réalisés dans 12 pays entre 2014 et 2024. Elle estime que 133 milliards de dollars d’investissements sont susceptibles de produire 1 400 milliards de dollars de bénéfices sur dix ans.
Ces gains comprennent des pertes évitées, du développement économique et des effets sociaux et environnementaux. Ils ne sont ni des recettes fiscales garanties ni des revenus intégralement encaissables par l’investisseur. L’étude étaye l’intérêt économique de projets d’adaptation ; elle ne chiffre pas les bénéfices du futur triplement international.
Qui paie, qui gagne
Les pays en développement sont les bénéficiaires visés. Leurs habitants, leurs entreprises et leurs administrations peuvent profiter de dommages évités et d’une activité mieux préservée. Mais les documents disponibles ne permettent pas d’attribuer une part du triplement à l’Afrique, ni de répartir les gains entre territoires ou catégories de population.
La forme du financement détermine aussi qui supporte finalement la charge. Selon le PNUE, dans son rapport du 29 octobre 2025, 70 % des financements publics internationaux d’adaptation étaient concessionnels. Cela signifie qu’ils bénéficiaient de conditions favorables, pas qu’ils étaient tous des dons. Un prêt peut financer une protection utile tout en laissant un remboursement au pays bénéficiaire.
Le privé ne constitue pas un payeur de substitution automatique. Le PNUE estime, le 29 octobre 2025, son potentiel à 15 à 20 % des besoins prioritaires nationaux à l’horizon 2035, surtout dans les secteurs marchands et les pays à revenu intermédiaire. Mobiliser un investisseur ne signifie pas que le service sera gratuit pour l’usager ou sans charge pour les finances locales.
Ce qui reste incertain
Établi : le texte adopté contient un appel au triplement et sollicite les pays développés. Les flux historiques recensés par le PNUE sont des données de suivi, à distinguer des projections de besoins.
Probable, mais dépendant des hypothèses : les besoins futurs sont importants et certains investissements peuvent produire des bénéfices collectifs largement supérieurs à leur coût initial. Les estimations du PNUE et du WRI reposent toutefois sur des méthodes et des périmètres différents.
Débattu ou non déterminé : la base du triplement, la répartition de l’effort et les instruments financiers restent à préciser. Appliquer le ratio moyen de bénéfices du portefeuille étudié par le WRI à toute dépense future ne serait pas justifié. Le financement de l’adaptation doit être évalué projet par projet, en distinguant l’utilité collective du rendement financier.
Ce qu’il faut surveiller
La page officielle de la CCNUCC consacrée à la COP31, consultée le 28 octobre 2026, annonce la conférence du 9 au 20 novembre 2026 à Antalya. Les indicateurs utiles seront une année de référence, un montant annuel associé, une répartition des contributions et la place respective des dons et des prêts.
Il faudra aussi suivre les décaissements effectifs, plutôt que les seules annonces. La mesure du progrès sera double : davantage de ressources accessibles aux bénéficiaires et des résultats documentés sur les pertes évitées. Sans ces précisions, une promesse de multiplication restera difficile à traduire en protections financées.
Sur le même thème : Climat & adaptation
Sources et documents
- CCNUCC — Décision 1/CMA.7, Global Mutirão, dans FCCC/PA/CMA/2025/19/Add.1 (mars 2026)
- PNUE — Adaptation Gap Report 2025: Running on Empty (octobre 2025)
- World Resources Institute — Strengthening the Investment Case for Climate Adaptation: A Triple Dividend Approach (mai 2025)
- CCNUCC — Conférence des Nations unies sur le climat, Antalya, novembre 2026
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