Financement des EPR2 : quelle facture pour EDF et pour l’État ?

Le projet de budget prévoit jusqu’à 60 milliards d’euros de prêt bonifié pour les six EPR2. Les 89 milliards d’intérêts d’un scénario défavorable ne mesurent pas la dépense nette de l’État, encore inconnue.

Financement des EPR2 : quelle facture pour EDF et pour l’État ?

Un prêt public, plusieurs risques

En bref

  • Le PLF déposé le 1er octobre 2026 propose un taux nul pendant le chantier, puis un taux fixe de 3 % en exploitation.
  • L’évaluation gouvernementale distingue 53,6 milliards d’euros d’intérêts en hypothèse centrale et 89 milliards dans un scénario défavorable.
  • Le capital reste remboursable : le plafond de prêt de 60 milliards d’euros n’est pas une subvention de ce montant.
  • La puissance prévue atteint 9 900 MW, mais le dossier ne chiffre ni les recettes électriques ni les émissions évitées.

Le financement des EPR2 repose sur une séparation essentielle : le coût de construction, les intérêts du prêt et la dépense publique ne désignent pas la même facture. Dans les évaluations préalables du projet de loi de finances pour 2027, rattachées au dossier déposé le 1er octobre 2026, le gouvernement retient un investissement de 100 milliards d’euros courants. Le prêt proposé pourrait en couvrir 60 milliards, soit la majeure partie, mais pas la totalité.

Le montage vise à rendre le financement plus prévisible pour la société de projet pendant un chantier long. L’État prend en charge un différentiel de taux et apporte sa garantie. Son coût net reste toutefois non documenté dans la matière fournie. Les simulations d’intérêts ne suffisent donc pas à mesurer ce que le contribuable dépensera, ni ce que l’électricité produite rapportera.

La facture en un chiffre

L’ordre de grandeur de construction est de 100 milliards d’euros courants, selon les évaluations gouvernementales jointes au dossier budgétaire du 1er octobre 2026. Le projet de loi de finances n° 3210, déposé le 1er octobre 2026, prévoit un prêt couvrant 60 % du devis, dans la limite de 60 milliards d’euros de principal. Ce plafond représente donc une fraction de l’investissement, pas une dépense publique définitive.

Une autre présentation du devis figure dans le conseil de politique nucléaire du 12 mars 2026 : la cible annoncée est de 72,8 milliards d’euros en euros de 2020 pour six réacteurs répartis entre Penly, Gravelines et le Bugey. Cette valeur et celle de l’évaluation budgétaire utilisent des unités monétaires différentes. Leur écart ne peut pas être présenté, à lui seul, comme un dépassement de chantier.

Les euros constants neutralisent l’évolution des prix par rapport à une année de référence. Les euros courants correspondent aux montants nominaux envisagés. Sans calendrier détaillé des dépenses et méthode d’actualisation, ces deux présentations ne permettent pas de reconstituer une hausse comparable du coût.

Le détail du calcul

Le financement des EPR2 proposé par le gouvernement combine un prêt de la Caisse des dépôts et consignations, appelée CDC, et une intervention budgétaire de l’État. Selon le projet déposé le 1er octobre 2026, le taux de référence du prêt est celui du Livret A augmenté d’un point de pourcentage. La société de projet bénéficie, elle, d’un taux nul pendant la construction, puis d’un taux fixe de 3 % pendant l’exploitation.

Le seuil d’équilibre en exploitation se calcule simplement à partir de ces conditions : 3 % − 1 point = 2 %. Lorsque le taux du Livret A dépasse ce seuil, le taux de référence est supérieur au taux payé par la société de projet et l’État finance la différence. Lorsqu’il est inférieur, le mécanisme prévoit un flux en sens inverse au bénéfice de l’État.

Selon le même projet, le remboursement du principal s’étale sur une durée maximale de 35 ans, après un différé pouvant atteindre 4 ans suivant la mise en service ou une date butoir. Ce sont des plafonds proposés, pas un échéancier contractuel déjà connu. Le montant effectivement tiré et le calendrier de remboursement déterminent aussi les intérêts.

Les évaluations préalables associées au dépôt du 1er octobre 2026 présentent une hypothèse centrale de 53,6 milliards d’euros d’intérêts sur toute la durée du programme. Elles donnent également un scénario à 89 milliards, combinant un Livret A durablement à 3 % et un retard de 7 ans. Ce scénario est plus défavorable que l’hypothèse centrale ; ce n’est ni une prévision certaine ni le coût public net.

Les hypothèses complètes du scénario central n’ont pas été retrouvées dans les passages documentés. Il serait donc trompeur d’en proposer une reproduction détaillée. De même, additionner les intérêts simulés au devis exprimé en euros de 2020 mélangerait des bases monétaires sans harmonisation.

Ce que ça rapporte

Le financement des EPR2 doit permettre de construire une capacité de production électrique pilotable. Les évaluations gouvernementales rattachées au dossier du 1er octobre 2026 prévoient 9 900 mégawatts, ou MW, pour l’ensemble du programme. Ce chiffre décrit une puissance installée : il ne mesure ni l’électricité produite chaque année ni les ventes réalisées.

Les recettes dépendent notamment de la disponibilité des installations, du calendrier de démarrage et du prix de vente de l’électricité. Le dossier ne fournit pas les éléments nécessaires pour les calculer. Les recettes électriques, le bénéfice net d’EDF et le rendement pour l’État sont non documentés dans la matière fournie.

La contribution attendue à la décarbonation et à la souveraineté énergétique ne peut pas davantage être transformée ici en gain chiffré. Il faudrait préciser quelles productions seraient remplacées et quelles importations seraient évitées. Les émissions évitées, les emplois nets et le coût par tonne de dioxyde de carbone évitée ne sont pas documentés. Une capacité électrique prévue ne constitue pas, à elle seule, un bilan économique ou climatique.

Qui paie, qui gagne

La société de projet est la bénéficiaire directe des conditions de taux proposées. Selon le texte déposé le 1er octobre 2026, elle ne supporte pas d’intérêts pendant la construction et dispose ensuite d’un taux fixe de 3 %, contrairement au taux variable de référence. Le principal reste néanmoins remboursable : le prêt ne devient pas une subvention du seul fait de sa bonification.

L’État assume le différentiel de taux et reçoit éventuellement des reversements. Le texte propose aussi une garantie gratuite couvrant le principal, les intérêts et les accessoires du prêt. Elle protège les ressources d’épargne réglementée mobilisées par le Fonds d’épargne. Pour le contribuable, une garantie représente un engagement conditionnel, distinct d’une sortie immédiate de trésorerie ; elle peut néanmoins entraîner une dépense si elle est appelée.

Le projet annuel de performances consacré aux engagements financiers de l’État, annexé au dossier budgétaire déposé le 1er octobre 2026, identifie le programme 387 de soutien au nouveau nucléaire. Le montant de ses crédits n’a pas été retrouvé dans la recherche fournie. L’article 20 du projet propose également un tarif fiscal réduit pendant la construction, mais l’économie propre aux EPR2 n’est pas chiffrée dans ce dossier.

Les comparaisons

La comparaison utile porte d’abord sur deux répartitions du risque financier. Avec un financement directement indexé sur le Livret A, la société de projet supporterait les variations du taux de référence. Avec le montage proposé, ses conditions deviennent prévisibles et l’État absorbe le différentiel. L’avantage pour le constructeur correspond ainsi à un risque supplémentaire pour les finances publiques, sans que son montant final soit connu.

Le calendrier constitue l’autre comparaison pertinente. Le scénario défavorable des évaluations gouvernementales du dossier du 1er octobre 2026 associe 89 milliards d’euros d’intérêts à un retard de 7 ans et à un Livret A durablement à 3 %. Comme les hypothèses complètes du scénario central à 53,6 milliards ne sont pas documentées, l’écart ne peut pas être attribué uniquement au retard.

Le dossier ne permet pas une comparaison chiffrée avec un programme renouvelable, un autre financement privé ou un voisin européen. Une comparaison rigoureuse devrait porter sur un service électrique comparable et intégrer les différences de calendrier, de disponibilité et de risque.

Les limites du calcul

Le financement des EPR2 est identifiable, mais sa facture publique complète ne l’est pas. Il manque notamment le total net des bonifications et reversements, l’avantage fiscal propre au programme et les éventuels appels de garantie. Les évaluations gouvernementales du dossier du 1er octobre 2026 qualifient d’incertaines les incidences budgétaires de cette garantie.

La maîtrise industrielle reste un sujet distinct. Dans son rapport sur la filière EPR de janvier 2025, la Cour des comptes recommande de différer la décision finale d’investissement jusqu’à la sécurisation du financement et à un avancement suffisant de la conception détaillée. Un prêt disponible ne démontre donc pas que les risques techniques et organisationnels sont maîtrisés.

Enfin, le dispositif reste un projet de loi. Le conseil de politique nucléaire du 12 mars 2026 fixe comme objectifs une décision finale d’investissement avant la fin de 2026 et une première mise en service en 2038. Le projet budgétaire déposé le 1er octobre 2026 prévoit une conclusion du contrat ouvrant droit à garantie au plus tard le 31 décembre 2028 et un terme de garantie au 31 décembre 2090. Ces échéances doivent être distinguées des dates garanties de réalisation. Le texte adopté, le contrat de prêt et l’évolution du chantier détermineront la facture réelle.

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