Le coût de la disponibilité électrique
En bref
- La CRE constate 82 446,8 MW retenus dans sa délibération du 10 septembre 2026 : il s’agit de puissance disponible, pas d’énergie livrée.
- Selon la CRE, le financement comprend 1,39 milliard d’euros HT de rémunérations et 272,77 millions d’euros de TVA non déductible.
- La CRE indique en septembre 2026 que les frais opérationnels des gestionnaires de réseau ne sont pas inclus dans le montant à financer.
- Les documents consultés ne chiffrent pas les coupures ni les pertes économiques que le dispositif permettra d’éviter pendant ce premier hiver.
La sécurité électrique a un prix distinct de celui de l’électricité effectivement produite. Pour le premier hiver du nouveau mécanisme de capacité, la Commission de régulation de l’énergie (CRE) constate, dans sa délibération du 10 septembre 2026, un financement de 1,67 milliard d’euros, dont 1,39 milliard d’euros hors taxes de rémunérations aux exploitants. L’achat porte sur leur disponibilité pendant les pointes, non sur un volume d’énergie livré.
Cette dépense doit contribuer à limiter le risque de déséquilibre entre offre et demande. Mais les documents disponibles ne permettent pas de lui associer une valeur en coupures évitées ou en pertes économiques épargnées. La facture est documentée ; le rendement collectif de ce premier hiver ne l’est pas encore.
La facture en un chiffre
La délibération de la CRE du 10 septembre 2026 fixe à 1 667 184 865,48 euros le montant à financer. Le principal point de comparaison se trouve dans ses composantes : 1 394 416 924,80 euros de rémunérations hors taxes et 272 767 940,68 euros de taxe sur la valeur ajoutée non déductible. Le financement dépasse donc les seuls versements hors taxes aux exploitants.
Le périmètre est la France métropolitaine continentale. Selon RTE, dans sa publication du 21 juillet 2026, la livraison couvre l’intervalle du 1er novembre 2026 au 31 mars 2027. Il ne faut pas comparer cette enveloppe hivernale à une dépense annuelle sans corriger le périmètre.
Le début de la livraison ne constitue pas l’entrée en vigueur juridique de la réforme. Le décret n° 2026-177 du 11 mars 2026, publié au Journal officiel le 13 mars, prévoit une entrée en vigueur principale le 14 mars, et certaines dispositions le 1er avril. Le calendrier juridique précède donc celui des engagements hivernaux.
Le détail du calcul
Les montants sont présentés en euros nominaux de la période, sans conversion en euros constants. La délibération de la CRE du 10 septembre 2026 permet de reconstituer l’enveloppe par une addition simple : 1 394 416 924,80 + 272 767 940,68 = 1 667 184 865,48 euros. Ce total exclut les frais opérationnels des gestionnaires de réseau.
Le même document distingue les paramètres suivants, qui ne mesurent pas la même chose :
- 82 446,8 mégawatts (MW) de capacités retenues lors de l’enchère du 6 juillet 2026 : c’est la puissance contractualisée.
- 28 182,99 euros par MW de prix général d’équilibre : ce prix ne s’applique pas uniformément à toutes les capacités.
- 70 900,5 MW rémunérés au plafond de 15 000 euros par MW : une grande partie de la puissance sélectionnée relève ainsi d’un prix inférieur au prix général.
- 89 409,45 MW de puissance soutirée corrigée : c’est l’assiette collective de répartition du financement, et non la puissance achetée.
Ces différences expliquent pourquoi multiplier tout le volume retenu par le prix général ne reconstituerait pas correctement la facture. Le mécanisme de capacité combine une sélection des engagements et des règles de rémunération différenciées.
Dans son bulletin juridique de septembre 2026, la CRE donne un quotient de répartition d’environ 18 646,63 euros par MW. Ce montant s’applique à une puissance contributive. Il ne s’agit ni d’un prix par mégawattheure consommé, ni d’une somme à ajouter telle quelle à une facture domestique.
Ce que ça rapporte
Le bénéfice recherché est une meilleure disponibilité lors des périodes tendues. La présentation de la CRE, actualisée le 22 octobre 2026, précise que les engagements peuvent provenir de moyens de production, de stockage ou d’effacement. L’effacement consiste à réduire une consommation plutôt qu’à mobiliser une production supplémentaire.
Cette rémunération donne une valeur économique à la capacité de répondre aux pointes, même lorsque les moyens concernés ne fournissent pas continuellement de l’électricité. Elle ne doit cependant pas être confondue avec la création intégrale de nouveaux équipements : le volume contractualisé mesure des engagements, pas des installations supplémentaires.
Le dispositif ne promet pas l’absence de défaillance. Dans sa consultation du 9 avril 2026, la CRE rappelle un critère national de durée moyenne annuelle de défaillance inférieure à trois heures et de recours au délestage pour équilibre offre-demande inférieur à deux heures. Ce sont des critères probabilistes de dimensionnement, non des résultats observés pour l’hiver qui commence.
Le bénéfice collectif monétarisé demeure non documenté dans la matière fournie. Aucun chiffrage propre à cette période ne permet de calculer un gain net, des emplois supplémentaires, des importations évitées ou des émissions de CO2 évitées. Un coût par tonne de CO2 évitée serait donc sans fondement.
Qui paie, qui gagne
Le rapport du Sénat n° 347 de février 2026 identifie les redevables : les fournisseurs, ainsi que les grands consommateurs et les gestionnaires de réseau pour leurs pertes lorsqu’ils s’approvisionnent directement sur les marchés. La répartition dépend de leur contribution à la consommation de pointe. Les parts respectives ne sont pas documentées.
Le mécanisme de capacité fait ainsi supporter le financement aux acteurs liés à cette pointe, plutôt que de répartir simplement le montant selon l’énergie totale consommée. L’incidence précise sur chaque client ne peut pas être déduite du seul montant national.
Pour les clients aux tarifs réglementés de vente d’électricité, la CRE indique dans son bulletin de septembre 2026 que ce coût a déjà été intégré à l’évolution tarifaire du 1er août 2026. Le commencement de la livraison ne suffit donc pas à établir une nouvelle hausse tarifaire. La matière ne fournit pas de supplément moyen en euros par ménage.
Les bénéficiaires directs sont les exploitants contractualisés. Les rémunérations prévues constituent des recettes, pas des bénéfices nets : elles doivent être rapprochées de leurs coûts et obligations. Leur ventilation par entreprise n’est pas disponible dans le dossier.
Les comparaisons
La comparaison la mieux étayée porte sur l’organisation précédente. Selon RTE, dans sa publication du 21 juillet 2026, les engagements sont désormais contractualisés directement par le gestionnaire du réseau de transport, à la place des échanges bilatéraux de garanties de capacité. L’achat centralisé remplace donc une organisation décentralisée.
Ce changement ne démontre pas, à lui seul, une économie. Le dossier ne fournit pas de comparaison à périmètre identique avec le coût de l’ancien système, ni avec un dispositif voisin en Europe. Il ne permet pas davantage de chiffrer une alternative reposant exclusivement sur davantage de production, de stockage ou de réduction des pointes.
L’arbitrage économique reste pourtant celui-ci : payer suffisamment de disponibilité pour réduire les dommages attendus d’un manque d’électricité, sans acheter une protection excessivement coûteuse. Les éléments disponibles documentent le paiement, pas encore cet équilibre coût-bénéfice.
Les limites du calcul
Le mécanisme de capacité présente une première limite comptable : son montant à financer n’est pas un coût complet. Outre l’exclusion des frais opérationnels, la CRE précise dans son bulletin de septembre 2026 que des ajustements de rémunération seront reportés sur la période 2027-2028. L’enveloppe constatée n’est donc pas un solde définitif.
Une seconde limite concerne l’évaluation. La disponibilité contractualisée est établie ; sa contribution effective à la sécurité d’approvisionnement reste à observer. Le bénéfice attendu est la réduction du risque, mais son ampleur économique n’est pas quantifiée. L’efficacité comparée de la réforme demeure donc ouverte.
Selon le calendrier publié par RTE le 21 juillet 2026, la première période s’achève le 31 mars 2027. Le bilan devra notamment permettre d’examiner les disponibilités effectivement tenues et les ajustements financiers. Aucune date de publication d’un bilan définitif n’est indiquée dans les documents consultés.
Sur le même thème : Prix de l’électricité
Sources et documents
- CRE — Délibération n° 2026-186 constatant les paramètres du financement du mécanisme de capacité pour 2026-2027 (10 septembre 2026 — date de décision)
- Légifrance — Décret n° 2026-177 du 11 mars 2026 relatif à l’entrée en vigueur du mécanisme de capacité (13 mars 2026)
- CRE — L’énergie du droit, numéro 99 (septembre 2026)
- CRE — Mécanisme de capacité : Principes et procédures (22 octobre 2026 — mise à jour)
- CRE — Consultation publique n° 2026-07 sur le paramétrage du mécanisme de capacité (9 avril 2026)
- Sénat — Rapport n° 347, session 2025-2026, passage sur le financement des flexibilités, page 159 (février 2026)
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